la tour de télévision de zizkov

Ce n’est pas votre première fois à Prague et vous avez envie de changer du programme classique ?
Le pont Charles, la vieille ville, le château… vous les connaissez déjà, ou du moins vous les avez suffisamment vus.

Alors pourquoi ne pas sortir un peu des itinéraires touristiques et découvrir un autre visage de la capitale tchèque ?

Dans cet article, je vous emmène à Žižkov, un quartier populaire et rebelle, souvent ignoré des touristes, mais qui mérite largement qu’on lui consacre au moins une demi-journée.

Žižkov, un quartier récent… mais pas sans une histoire intéressante

Zizkov, en dehors du centre ville de prague
© les voyageurs cinephiles

À l’origine, Žižkov était un village indépendant, qui s’est développé surtout à la fin du XIXᵉ siècle, en pleine période d’industrialisation. Le quartier a été pensé pour accueillir principalement des ouvriers et des classes populaires, attirés par le développement industriel de Prague. Ce n’est que plus tard qu’il a été rattaché officiellement à la capitale tchèque.

Mais ce qui marque surtout Žižkov, c’est son esprit de résistance, profondément ancré dans son identité. Le quartier porte le nom de Jan Žižka, chef militaire hussite du XVe siècle et héros national tchèque. Une figure légendaire, connue pour avoir mené les Hussites contre les armées catholiques… sans jamais perdre une seule bataille.

Cette référence à Jan Žižka résume assez bien l’ADN du quartier : indépendant, populaire et profondément rebelle. C’est notamment ici qu’ont émergé plusieurs mouvements de contestation, et le quartier a joué un rôle important dans les mouvements pacifistes opposés au régime communiste à la fin des années 1980.

Le monument communiste de la colline de Žižkov

Dans cette logique historique, difficile de ne pas évoquer (et visiter) la colline de Žižkov, dominée par l’un des monuments communistes les plus impressionnants de Prague : le monument national de Vítkov. Avec sa statue massive de cheval, vous ne pouvez pas le rater !

À l’origine pensé pour rendre hommage aux légionnaires tchécoslovaques après la Première Guerre mondiale, le lieu a complètement changé de rôle sous le régime communiste. Il a notamment servi de mausolée à Klement Gottwald, premier président communiste du pays, dont le corps y était exposé. Aujourd’hui, le mémorial se visite gratuitement et permet de s’immerger dans le Prague de l’ancien régime, tout en profitant d’un panorama incroyable sur la ville. Un lieu assez sous-côté je trouve, et pourtant complètement gratuit !

Que voir et que faire à Žižkov ? Les lieux incontournables à voir en dehors de la vieille ville de Prague

La tour de télévision de Žižkov 

Impossible de passer à Žižkov sans parler de sa tour de télévision, un bâtiment qui casse totalement le paysage classique de Prague. Cette tour, construite dans les années 1980 pour améliorer la réception TV et radio, est devenue un symbole insolite du quartier. 

Il faut dire qu’elle ne passe pas inaperçue : avec ses 236 mètres de haut, c’est le bâtiment le plus élevé de Prague. La tour de la télévision est visible depuis la Colline de Petrin, autrement dit, depuis la vieille ville de Prague. 

Mais ce qui marquera sans doute le plus votre visite, ce sont ces bébés géants de l’artiste contemporain David Černý, qui semblent grimper partout sur la structure. Ces sculptures en fibre ont été installées en 2000. Je trouve qu’elles donnent ce côté à la fois bizarre et fascinant qui colle parfaitement à l’esprit du quartier. 

L’ancien et le nouveau cimetière juif

Peu de touristes pensent à s’arrêter ici, et pourtant l’ancien cimetière juif de Žižkov raconte une partie essentielle de l’histoire de Prague. Il a été ouvert à la fin du XVIIᵉ siècle, à une époque où la ville est frappée par de violentes épidémies de peste. Le cimetière juif de la vieille ville était alors totalement saturé, au point que les autorités ont fini par interdire les nouveaux enterrements. Il a donc fallu créer un nouvel espace, plus éloigné du centre, pour faire face à l’urgence.

Pendant plus de deux siècles, ce cimetière a accueilli des dizaines de milliers de sépultures. Mais au XXᵉ siècle, avec l’urbanisation massive et surtout la période communiste, le lieu a été en grande partie détruit, nivelé, bétonné. Une partie des tombes a disparu pour laisser place à des infrastructures modernes, notamment la tour de télévision.

Aujourd’hui, ce qu’il en reste ressemble presque à un mémorial à ciel ouvert. 

Bien plus à l’écart de la tour de la télévision, vous pouvez également visiter le nouveau cimetière juif, ouvert après la fermeture de celui-ci à la fin du XIXème siècle. 

tombe du cimetiere olsany
© les voyageurs cinephiles

Et notamment rendre hommage à Franz Kafka ! 

Sa tombe est très bien indiquée par des panneaux. Il suffit de prendre directement à droite dans la première allée en entrant. Le nouveau cimetière juif est accolé au cimetière Olsany. J’ai déjà parlé d’ailleurs de ce cimetière dans mes articles de visite de lieux de tournage, From Hell et Nosferatu.

Pour moi le plus beau cimetière de Prague. Ses tombes recouvertes de mousse sont très photogéniques ! 

Škroupovo náměstí : le début de la révolution de velour

Quand on parle de résistance à Prague, beaucoup pensent tout de suite à la place Venceslas ou à la Révolution de velours de 1989. Mais le premier rassemblement anti-communiste autorisé, a eu lieu ici, à Škroupovo náměstí, dans le quartier de Žižkov. 

C’était le 10 décembre 1988, presque un an avant la chute du régime communiste. Pour la première fois en quarante ans, les autorités ont accepté une manifestation pacifique. Parmi les intervenants se trouvait Václav Havel, encore dissident, qui a appelé à la libération des prisonniers politiques et à la fin du régime à parti unique. On raconte qu’il y avait quelques milliers de personnes ce jour-là. Le rassemblement s’est déroulé sans heurts majeurs, ce qui a envoyé un message clair : le pouvoir communiste n’était plus intangible. 

Aujourd’hui, Škroupovo náměstí est une place tranquille, presque anonyme au milieu des rues de Žižkov. Mais si vous vous arrêtez là, vous marchez sur un morceau d’histoire tchèque moderne loin des itinéraires touristiques classiques de Prague. 

vue depuis monument de zizkov
© les voyageurs cinephiles

Un bunker caché dans un parc à Prague

Je vous en ai déjà parlé juste après le mémorial de Vítkov : si ce dernier est l’un des meilleurs spots de Prague pour un coucher de soleil, Parukářka Park n’est pas en reste, surtout en fin de journée. Ce grand parc au sommet de la colline du Saint-Croix, entre Vítkov et les cimetières d’Olšany, est l’un des endroits que les locaux adorent. 

Et justement, c’est dans ce parc qu’on trouve quelque chose de complètement insolite. Pendant les années 1950, en pleine tension Est-Ouest, les autorités ont construit ici un abri souterrain destiné à protéger des milliers de personnes en cas d’attaque nucléaire. Ce complexe, souvent appelé bunker Parukářka ou abri civil Bezovka, a été conçu entre 1950 et 1955 et pouvait à l’origine accueillir jusqu’à 5 000 personnes avec ses propres systèmes d’eau, d’électricité et d’air. 

Aujourd’hui, une partie du bunker fait encore partie du système de protection civile, et certaines sections sont parfois accessibles au public, mais que très rarement. Si vous décidez de visiter ce quartier de Prague, il faudra miser sur la chance. 

La chapelle de Bethléem de Žižkov : lieu unique à voir en dehors du centre-ville de Prague

Au cœur d’une cour d’immeubles parfaitement banale, Žižkov cache l’un de ses secrets les plus déroutants : la chapelle de Bethléem. Sans l’adresse exacte, il y a de grandes chances que vous passiez à côté sans jamais soupçonner son existence. 

Construite en 1914 par l’architecte Emil Králíček, cette chapelle rend hommage à Jan Hus, figure centrale de l’histoire tchèque. Mais ce n’est pas tant son rôle commémoratif qui marque, que son apparence. Ici, pas de gothique, pas de baroque : on est face à un édifice religieux cubiste, chose extrêmement rare, même à Prague. 

Souvent fermée, elle se laisse surtout observer de l’extérieur, mais cela vaut le détour. Des chapelles comme ça, vous n’en verrez nulle part ailleurs. 

Pour la localisation exacte, pourquoi ne pas regarder ma vidéo ? 

Un quartier pas cher à Prague

Si vous cherchez la bière la moins chère de Prague, des restos où on mange correctement pour 4 ou 5 euros, et des hébergements à moins de 50 € la nuit, alors clairement, vous êtes au bon endroit. Žižkov, c’est l’un des quartiers les plus abordables de la ville. 

Ici, on est loin des cartes touristiques traduites en six langues et des pintes hors de prix du centre historique. Les bars sont restés des bars de quartier, fréquentés par les locaux, où la bière coule encore à des prix indécents. Trouver une pinte autour de 1,50 € à 2 €, ce n’est pas une exception, c’est presque la norme si vous évitez les adresses trop “instagrammables”.

Même logique côté nourriture tchèque. C’était notre quartier favori pour sortir lors de nos deux ans à Prague. 

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